L’expression « aller-retour » désigne un trajet ou un mouvement effectué dans un sens puis dans l’autre. Son orthographe au pluriel pose un problème récurrent parce qu’elle met en jeu deux règles distinctes : celle du pluriel des noms composés et celle de l’accord des mots apposés à un autre nom. Voici le mécanisme grammatical complet pour trancher à chaque fois.
Nature grammaticale d’« aller-retour » et accord au pluriel
Le mot composé « aller-retour » est formé de deux noms communs reliés par un trait d’union. « Aller » fonctionne ici comme un nom (le fait d’aller), tout comme « retour » (le fait de revenir). Aucun des deux n’est un verbe conjugué ni un adverbe dans cette construction.
La règle classique des mots composés est la suivante : quand les éléments sont des noms ou des adjectifs, ils prennent chacun la marque du pluriel. On écrit donc des allers-retours, avec un « s » à chaque élément.
Cette logique s’applique de la même manière à d’autres composés du même type : des allers simples, des sauts-de-mouton, des chefs-lieux. Le principe reste identique dès que les deux termes sont des noms.
Aller-retour apposé à un nom : la variante sans « s »

Une nuance grammaticale modifie l’accord lorsque « aller-retour » n’est plus employé seul mais apposé à un autre nom. Dans ce cas, certains grammairiens considèrent que l’expression joue un rôle d’adjectif composé et reste invariable.
Par exemple : « des billets aller-retour », « des trajets aller-retour ». L’expression qualifie le nom qui la précède. Elle ne désigne plus directement le trajet lui-même, elle en précise la nature. Ce glissement de fonction justifie l’absence de marque du pluriel pour de nombreux linguistes.
En pratique, les deux graphies coexistent dans l’usage courant :
- « Des billets aller-retour » (apposition, invariable) est la forme recommandée par les grammaires traditionnelles quand l’expression suit un nom.
- « Des billets allers-retours » se rencontre aussi et n’est pas considéré comme fautif par la plupart des dictionnaires récents.
- « Des allers-retours » (employé seul, sans nom support) prend systématiquement les deux « s ».
La distinction repose sur la fonction syntaxique. Quand « aller-retour » est le noyau du groupe nominal, il s’accorde. Quand il qualifie un autre nom, l’invariabilité est défendable.
Rectifications orthographiques de 1990 et pluriel des mots composés
Les rectifications orthographiques de 1990 ont fait du pluriel des mots composés l’un de leurs cinq chantiers principaux, aux côtés du trait d’union, de l’accent circonflexe, du participe passé des verbes pronominaux et de certaines anomalies lexicales. L’objectif était d’harmoniser les pratiques en généralisant la marque du pluriel sur tous les noms à l’intérieur d’un mot composé.
Cette orientation renforce la légitimité de la forme « des allers-retours ». La réforme pousse à appliquer le pluriel de manière régulière plutôt que de maintenir des exceptions au cas par cas.
L’Académie française reconnaît la cohérence de ces rectifications, mais rappelle que l’usage reste l’arbitre final. Autrement dit, ni « des aller-retours » ni « des allers-retours » ne constituent une faute bloquante. La forme avec deux « s » est simplement plus conforme à la logique grammaticale actuelle.
Le trait d’union dans « aller-retour » : règle et erreurs fréquentes
Un point souvent négligé concerne le trait d’union lui-même. L’expression s’écrit toujours avec un trait d’union, au singulier comme au pluriel : « un aller-retour », « des allers-retours ». Écrire « aller retour » en deux mots séparés ou « allerretour » en un seul mot est incorrect.
Le trait d’union signale que les deux noms forment une unité de sens. Supprimer ce lien graphique revient à dissocier deux éléments qui fonctionnent ensemble. C’est le même mécanisme que pour « arc-en-ciel » ou « chef-d’œuvre » : le trait d’union est constitutif du mot composé.

Une erreur fréquente consiste à écrire « des aller retours » sans trait d’union et avec un « s » uniquement sur « retours ». Cette graphie cumule deux problèmes : l’absence de trait d’union et un accord partiel qui ne correspond à aucune règle reconnue.
On retrouve aussi la variante « des aller-retour » au pluriel, avec un trait d’union mais sans aucun « s ». Cette forme, parfois défendue par analogie avec les appositions invariables, reste minoritaire quand le mot composé est employé seul comme nom. Elle peut prêter à confusion et donner l’impression d’un oubli d’accord.
Récapitulatif des formes correctes selon le contexte
| Contexte | Forme correcte | Exemple |
|---|---|---|
| Singulier (nom autonome) | un aller-retour | « Un aller-retour Paris-Lyon prend deux heures. » |
| Pluriel (nom autonome) | des allers-retours | « Ces allers-retours constants fatiguent l’équipe. » |
| Pluriel apposé à un nom | des billets aller-retour (ou allers-retours) | « Réservez deux billets aller-retour. » |
La forme « des allers-retours » couvre la grande majorité des situations. La seule zone de flottement concerne l’apposition, où l’invariabilité reste une option grammaticalement défendable.
Retenir la nature des composants suffit à lever le doute : deux noms prennent chacun la marque du pluriel, et le trait d’union ne disparaît jamais. Cette règle fonctionne pour « aller-retour » comme pour la plupart des noms composés formés de deux substantifs en français.

