Une règle gravée dans les manuels d’économie n’a pas besoin d’être appliquée pour faire trembler les salles de marché. Milton Friedman l’a prouvé avec sa fameuse règle d’or de la politique monétaire : une croissance régulière de la masse monétaire, ni trop rapide, ni trop lente, censée garantir stabilité et confiance. Pas de place pour l’improvisation des banques centrales : la prévisibilité avant tout, pour dompter l’inflation et éviter les emballements.
Le poids de cette doctrine ne relève pas du simple débat académique. Nombre de banques centrales ont puisé dans ce cadre pour modeler leur action. Là où la règle de Friedman a été appliquée, l’inflation a souvent été mieux contenue, ce qui a permis d’ancrer un climat économique plus serein, moins sujet aux humeurs et soubresauts des marchés.
Les fondements de la règle d’or de Milton Friedman
Milton Friedman, né en 1912 et disparu en 2006, s’impose comme l’un des piliers de l’école de Chicago. En remettant au goût du jour la théorie quantitative de la monnaie, il s’est frontalement opposé à la pensée keynésienne et à l’intervention de l’État dans l’économie. Cette idée, héritée de Copernic, Bodin, Ricardo ou Marx, pose un principe simple : la quantité de monnaie en circulation influe sur le niveau des prix. Irving Fischer a d’ailleurs synthétisé cette intuition dans une équation qui fait aujourd’hui figure de classique.
La règle d’or de Friedman recommande une progression constante et prévisible de la masse monétaire. Cette simplicité tranche avec la gestion au coup par coup prônée par John Maynard Keynes. L’influence de Friedman ne s’arrête pas là : il a été membre du National Bureau of Economic Research, a partagé sa vie et ses travaux avec Rose Friedman, et mené une analyse majeure des crises économiques avec Anna Schwartz.
Principales contributions de Friedman
Deux apports majeurs de Friedman continuent d’irriguer la réflexion économique et politique :
- Hypothèse du revenu permanent : selon cette théorie, les ménages ne basent pas leurs dépenses sur leurs revenus immédiats, mais sur ce qu’ils anticipent à long terme.
- Taux de chômage naturel : Friedman estime qu’il existe un niveau incompressible de chômage, peu réactif aux politiques publiques.
Ces idées ont révolutionné la politique économique, inspirant des personnalités comme Paul Volcker à la FED et orientant les grandes réformes américaines et britanniques. Pour mesurer l’étendue de sa portée : Friedman a conseillé Richard Nixon et Ronald Reagan, et ses analyses ont servi de boussole aux ‘Chicago Boys’ qui ont façonné les réformes chiliennes sous Pinochet.
Les mécanismes de la politique monétaire selon Friedman
La vision de Friedman en matière de politique monétaire repose sur quelques principes bien tranchés. Oubliez les ajustements ponctuels : il défend une règle monétaire fixe, où la masse monétaire croît au même rythme que l’économie sur le long terme. Objectif : éviter les emballements inflationnistes ou, à l’inverse, les coups de frein déflationnistes.
Friedman critique la tentation de piloter le cycle économique à coups de mesures monétaires. Selon lui, le temps de réaction entre la décision et ses effets rend ce pilotage hasardeux. Il privilégie donc une cible de croissance monétaire stable, pour limiter les dérapages liés au mauvais timing.
Influence sur les banques centrales
Les idées de Friedman ont marqué la FED, notamment sous la houlette de Paul Volcker dans les années 1980. Volcker a mené une politique monétaire résolument restrictive, réussissant à faire plier l’inflation américaine de façon spectaculaire.
Ben Bernanke, un autre président de la FED, a lui-même reconnu l’apport décisif de Friedman et d’Anna Schwartz dans la compréhension des crises financières. Lors d’un discours resté dans les annales, Bernanke a souligné combien leurs travaux ont éclairé l’action des banques centrales modernes.
Voici quelques outils phares de la politique monétaire selon Friedman :
- Taux d’intérêt : principal levier des banques centrales pour réguler la masse monétaire.
- Quantitative easing : stratégie non conventionnelle, dont Friedman redoutait la capacité à réveiller l’inflation.
Friedman a imprimé sa marque : la stabilité et la régularité sont devenues des mots d’ordre pour nombre d’autorités monétaires, des États-Unis à l’Europe. Cette approche a durablement influencé la manière dont les décideurs envisagent leur mission.
L’impact économique de la règle d’or de Friedman
Milton Friedman n’a pas seulement guidé des universitaires : il a conseillé les présidents Nixon et Reagan, et inspiré les Chicago Boys, ce groupe d’économistes chiliens formés sur les bancs de Chicago, qui ont joué un rôle central dans les réformes économiques menées sous la dictature d’Augusto Pinochet. Sa doctrine : libéraliser, déréguler, privatiser.
Margaret Thatcher a également puisé dans ce répertoire. La révolution conservatrice qu’elle a menée au Royaume-Uni a reposé sur des réformes radicales, fondées sur les principes de Friedman. La lutte contre l’inflation et la réduction des déficits publics sont devenus ses priorités, marquant un tournant pour l’économie britannique.
La Nouvelle-Zélande, dans les années 1980, a également adopté des mesures inspirées des idées de Friedman. Sous la direction de David Lange, le pays a engagé une vaste libéralisation économique. Ce virage est souvent cité comme un exemple de transformation par le marché libre.
La pensée de Friedman n’a pas fait l’unanimité. Naomi Klein, dans ‘La Stratégie du choc’, a vivement critiqué l’usage de ses théories en période de crise, les accusant d’avoir servi de prétexte à des réformes qui auraient aggravé les inégalités et renforcé la position des élites économiques.
Friedman a promu plusieurs piliers du libéralisme économique :
- Réformes de marché libre : l’ouverture des économies à la concurrence et à l’initiative privée.
- Dérégulation : la réduction du rôle de l’État dans la réglementation des marchés.
- Privatisation : le transfert des actifs publics vers le secteur privé.
Des États-Unis à la Nouvelle-Zélande, en passant par le Chili et le Royaume-Uni, l’empreinte de Friedman continue d’agiter les débats. Son influence traverse les décennies, toujours au centre des discussions sur la place de l’État et le devenir du capitalisme. Difficile de refermer le dossier Friedman tant que la question de l’équilibre entre croissance, liberté et justice sociale reste ouverte.


